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Bugarach, le maire a-t-il  »pété » les plombs ?

NewsRevue de Net / PressePosté par le 12/08/12 • Classé dans News,Revue de Net / Presse

Bugarach, le maire a t il pété les plombs ?Jean-Pierre Delord, le maire de Bugarach, semble être quelque peu dépassé par la gestion du 21 décembre dans son célèbre village et donne visiblement des signes de nervosité lors d’une nouvelle interview, en lançant une alerte contre des tireurs fous qui viendraient commettre un massacre dans sa commune.

Petit rappel des faits, nous sommes en 2010 et quelques sites internet consacrés au surnaturel et au paranormal écrivent des articles sur Bugarach, seul endroit au monde supposé survivre au cataclysme annoncé pour le 21 décembre 2012.

Ce qui pour l’instant est un minuscule buzz limité à quelques groupes « d’initiés » va devenir un véritable phénomène planétaire quand le maire du village lâche l’info aux deux grands quotidiens locaux (l’Indépendant et le Midi-Libre). C’est la première manche d’une partie qui s’annonce risquée. Toujours friands d’infos cataloguées « insolites », les agences de presse, les médias nationaux et internationaux reprennent l’info. Jean-Pierre Delord est régulièrement interviewé et pris en photo par les journalistes. On le retrouve régulièrement dans sa pose préférée, les mains sur les hanches, fermement campé devant le panneau de signalisation routière indiquant l’entrée du village.Bugarach, le maire a t il pété les plombs ?

Mais tout buzz doit être entretenu et visiblement le Maire a tout compris à l’exercice. Il faut dire que les journalistes semblent adorer cet ancien dessinateur industriel qui a quitté la région parisienne en 1972 pour devenir éleveur de chèvres aux pieds des Pyrénées, comme en témoigne, par exemple,  le portrait réalisé l’été dernier par Libération. Pour nourrir le buzz, Jean-Pierre Delord va alors passer à la phase 2 en suivant la bonne vieille technique qui consiste à crier au loup. Au nom du principe de précaution, il se répand au fil des interviews sur les dangers potentiels liés à un afflux de visiteurs dans sa commune à la date fatidique.  Sa référence favorite, « Rencontres du 3e type » et le bouclage par l’armée d’un périmètre de sécurité.

Bugarach, le maire a t il pété les plombs ?

La Devil Tower du film "Rencontres du 3e type" et le Pech de Bugarach

Visiblement la campagne de communication effrénée du maire ne fait pas que des heureux, dans un papier du supplément du Monde, le sous-préfet de Limoux se lâche et déclare :

« C’est lui qui a allumé la mèche en évoquant l’intervention possiblement nécessaire de l’armée en décembre 2012. Je l’ai rapidement mis en garde : à force de hurler au loup, on finit par le faire accourir. »

Mais rien ne peut plus arrêter Jean-Pierre Delord, quand il ne reçoit pas le président de la MIVILUDES venu s’assurer que Bugarach ne devienne pas un nouveau Guyana, il s’attaque aux marchands du temple, en l’occurrence des vendeurs – sur internet –  « d’authentiques pierres de Bugarach » ou aux propriétaires essayant de louer (certes à vil prix) chambres ou terrains sur la commune. Et l’entêtement  fini par payer, le préfet, Eric Freysselinard  dévoile mi-novembre, le dispositif de sécurisation du site, cent gendarmes et pompiers mobilisés, des centaines d’autres susceptibles de l’être. Le village sera entièrement bouclé trois jours avant et deux jours après le 21 décembre.

Bugarach, le maire a t il pété les plombs ?

Georges Fenech, alors président de la Miviludes,à Carcassonne, lors d'une réunion avec des responsables des services de l'État. Photo DDM

Alors que l’on pourrait croire le maire comblé par les mesures prises pour transformer pour de vrai le Pech de Bugarach en Devils Tower, il semble que les événements prennent une tournure un peu gênante pour l’élu. C’est d’abord une réunion d’information destinée aux « locaux » qui tourne à la cacophonie comme le raconte La dépêche :

«Il faut censurer les médias, ils auraient dû rester dehors, ils nous font passer pour des guignols.» reprenait un homme, aussitôt coupé par une dame : «Si ça vous gène il ne fallait pas venir c’est une réunion publique» puis une autre plus pragmatique : «Il faut en profiter pour vendre notre belle région». Un déballage grandeur nature où de vieilles tensions étaient mises au jour. Énervements parfois hors sujet entre néoruraux et population autochtone. Certains s’inquiétaient des rumeurs qui circulaient : toutes les grottes du pech ont-elles été cimentées ? Les sectes apocalyptiques enverront-elles leurs adeptes se suicider ? Ou encore cette autre personne dans un grand sérieux qui affirmait que : «Ces grandes manœuvres ressemblaient à de la manipulation mentale pour nous faire accepter l’inacceptable, ça sent la Gestapo pour créer de la peur. Vous voyez c’est une méthode, un concept».

Mais c’est surtout la dernière interview du maire à l’Indépendant qui peut inquiéter. Se livrant visiblement à une surenchère catastrophiste de plus en plus alarmante, le Maire déclare :

« Si le grand terminus planétaire n’a pas lieu, explique J.-P. Delord, et il n’aura pas lieu, qui sait si un taré ne va pas tirer sur la foule, ici, à Bugarach ? Les pires, ce ne sont pas les ‘bizarres’ qui vous appellent au téléphone, ou qui vous écrivent. Non, les pires, ce sont les silencieux, les déterminés : ils peuvent venir ici incognito, camouflés, armés… Allez savoir ?« .

Jean-Pierre Delord est-il en proie à une crise de burn-out à l’approche du 21 décembre, sa surexposition médiatique a- t-elle provoqué une addiction grandissante aux médias, s’est-il pris à son propre jeu, le rapport très négatif du commissaire enquêteur sur son projet de parc éolien est-elle la goutte qui fait déborder le vase ? L’après 21/12 risque d’être un peu problématique pour le 1er élu du village. En tout cas, la démonstration est encore une fois faite qu’additionner « effet Streisand » et « crier au loup » ne fait pas bon ménage !

Bugarach, le maire a t il pété les plombs ?[Mise à jour du 9/12/12] Le JDD d’aujourd’hui revient Bugarach et son maire. Extraits :

Pourtant, beaucoup estiment que le maire a luimême allumé l’incendie médiatique dans la presse locale, où il évoquait d’inquiétantes informations circulant sur Internet. « Dans une interview parue fin novembre 2010, il est le premier à parler publiquement d’une rumeur selon laquelle Bugarach serait le seul endroit du monde sauvé de l’apocalypse, et fait part de ses grandes inquiétudes. Il est en quelque sorte le premier à avoir propagé cette rumeur », constate Véronique Campion-Vincent, sociologue. Au Relais de Bugarach, unique commerce du village, on désigne aussi le maire comme responsable : « Avant fin 2010, il ne se passait rien ici », affirme Patrice, le gérant. « Et puis, dans ces articles, le maire a parlé des ‘allumés’, mettant dans le même sac les babas cool qui vivent par ici, les écolos et tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui, comme ceux qui ne voulaient pas de son projet d’éoliennes et qu’il a voulu diaboliser… »

 

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