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Interview de Didier Jamet – Ciel des hommes

Revue de Net / PressePosté par le 10/07/10 • Classé dans Revue de Net / Presse

Interview de Didier Jamet   Ciel des hommesSi vous êtes en train de lire cet article sur la-fin-du-monde.fr, vous avez surement lu au moins une des rubriques du dossier consacré aux réponses apportées par la NASA aux questions posées sur les thèmes de  2012/Nibiru/etc…

C’est David Morisson, un des astrobiologistes de l’agence spatiale américaine et également responsable de la rubrique « Posez une question à un astrobiologiste« , qui a endossé le rôle de porte-parole en synthétisant en 10 questions/Réponses la position des scientifiques de la NASA sur le sujet.Interview de Didier Jamet   Ciel des hommes

Didier Jamet, Directeur de la publication de « Ciel des hommes » et coauteur avec Fabrice Mottez de l’excellent bouquin « 2012 : scénarios pour une fin du monde » répond également sur son site aux questions des internautes sur l’astronomie. Et comme son confrère américain, il a dû, lui aussi, répondre aux questions d’internautes francophones, plus ou moins allumés, mais de plus en plus stressés par les buzzs 2012 Nibiru/2036 Apophis et autres tempêtes solaires.

La lecture de cette suite de questions/réponses est à la fois amusante et instructive. Amusante parce que Didier Jamet écrit bien, et sort parfois de son rôle de vulgarisateur scientifique pour se livrer à de réjouissants exercices de free style. Instructif également, car ce qui ressort au final de ce non-dialogue, c’est bien l’éternel antagonisme entre science et croyance.

Didier Jamet a accepté de répondre aux questions de la-fin-du-monde.fr et de revenir sur cet épisode :

Interview de Didier Jamet   Ciel des hommes

• Ils vous ont un peu fait tourner en bourrique les visiteurs de « Ciel des Hommes » avec leurs questions sur la fin du monde. Au fil du temps on sent vos réponses passer du léger agacement au lapidaire, au sarcastique, au découragé voir au lyrique et à l’empathique.
Qu’est-ce qui vous a motivé à continuer de répondre, parfois très longuement, aux questions répétitives sur 2012 et Nibiru ?

Permettez moi tout d’abord de vous faire un aveu : je suis un être humain, et à ce titre, j’ai mes bons et mes mauvais jours. Voilà une première raison pour laquelle le style de mes réponses peut varier d’un jour à l’autre. Cependant le critère déterminant du ton de ma réponse, c’est la motivation de mes correspondants. Je ne répondrai pas de la même façon à une jeune maman en proie au baby blues, à la victime d’une catastrophe naturelle en pleine décompensation post traumatique, ou au pilier de forum ésotérique qui vient régurgiter un gloubi-boulga de théories toutes plus fumeuses les unes que les autres.

Si je continue de répondre à certaines questions sur le sujet (et j’en élimine pourtant énormément dès réception !), c’est soit parce que j’ai le sentiment que ma réponse va pouvoir aider mon interlocuteur à mieux comprendre de quoi il s’agit, soit parce que la question apporte une nouveauté dans l’argumentation. Par exemple dernièrement, c’est un article du « Sun », le tabloïd britannique plus connu pour ses starlettes dévêtues que sa rubrique scientifique, qui d’après mes correspondants annonçait prétendument « la découverte d’une étoile de la Mort » (on reconnaît là la sobriété légendaire des rédacteurs du « Sun »…). Evidemment, quand on se donne la peine de lire l’article au delà du gros titre, c’est tout de suite moins catégorique, et on comprend que l’auteur brode sur une hypothèse déjà assez ancienne de possible compagne du Soleil très peu lumineuse, appelée Némésis, qu’un satellite actuellement en service, WISE, aurait la capacité d’observer. Manque de chance pour mes nouveaux amis prompts à prendre la moindre lanterne céleste pour Nibiru, et qui apparemment ne lisent que les gros titres, ce satellite n’a justement rien observé de tel pour le moment ! Et je précise tout de suite qu’une telle découverte n’impliquerait pas nécessairement des conséquences catastrophiques, ni à court ni à long terme.

• Quelle influence, le fait d’animer ce forum, a-t-il eue sur la décision d’écrire un livre sur le sujet ?

C’est très simple, sans les questions des visiteurs de Ciel des Hommes, je n’aurais tout simplement jamais su qu’il était censé se passer quelque chose le 21 décembre 2012, et je serais donc passé complètement à côté du sujet… L’influence a été déterminante.

• Vous donnez l’impression de toujours apporter une réponse « au niveau » de la question, pas de risque de « question idiote / réponses idiote » ?

Oui bien sûr, il nous arrive (mon co-auteur Fabrice Mottez en est d’ailleurs très friand, c’est sans doute son côté « british ») de faire des réponses que je préfèrerais qualifier de « surréalistes » ou « taquines » plutôt que « d’idiotes », mais là encore, il faut bien se détendre un peu de temps en temps… Et quant aux questions franchement idiotes, nous les éliminons généralement dès réception dans notre interface de gestion du site. Je suis moi-même d’ailleurs parfaitement idiot, puisque tout compte fait je devrais les garder et en faire un bêtisier. Mais c’est en réalité assez déprimant de voir la bouillie qu’une proportion non négligeable d’utilisateurs d’Internet ont dans la tête…

• Quand on place en perspective la ressemblance entre ce qu’a vécu David Morisson et vous-même, quelle part de responsabilité « La Science » doit-elle prendre dans cette difficulté à lutter contre des théories pourtant complètement privées de tout fondement rationnel ?

Le gros de la responsabilité à ce sujet n’incombe pas tant aux scientifiques qu’à notre système éducatif. Quand dans un pays comme le nôtre, 15% (officiellement, mais comme Churchill, j’ai tendance à ne croire qu’aux statistiques que j’ai moi-même truquées…) des élèves quittent l’école primaire sans savoir ni lire ni écrire ni compter correctement (et il faut voir comment le reste écrit…), et qu’absolument aucun n’a ne serait-ce qu’une vague idée de l’agencement et des ordres de grandeur du système solaire, il ne faut pas s’étonner que les marchands d’apocalypse, et plus largement d’irrationnel, prospèrent. Ce n’est pas aux chercheurs qu’il faut demander des comptes, mais à cette « communauté éducative » incapable de donner les bases élémentaires du savoir à tant de nos enfants. C’est absolument gravissime ce qui se passe dans nos écoles, l’encadrement glisse la poussière sous le tapis avec cynisme en attendant sagement sa progression de carrière, mais le problème c’est qu’il y a à présent tellement de poussière sous le tapis que les meubles commencent à tomber, comme en témoigne la place de nos universités dans les classements mondiaux… S’il y a bien quelque chose qui m’inquiète pour l’avenir, c’est cet effondrement du niveau général d’instruction, du socle minimal sans lequel on ne peut bâtir aucun savoir solide, et pour finir aucune culture digne de ce nom. Et ça commence avec la simple capacité à distinguer un participe passé d’un infinitif… Alors après ça les scientifiques français peuvent bien essayer, quand ils ont eu un prix Nobel (mais ils sont si rares…), de lancer des initiatives pédagogiques comme la « main à la pâte » du regretté Charpak, mais si les gamins ne savent ni écrire ni compter correctement, au final ça ne leur aura pas servi à grand-chose d’avoir extrait de l’ADN de banane pendant une demi-journée.

Stephen Hawking a récemment déclaré qu’a terme, la survie de l’humanité résidait dans sa capacité à essaimer dans l’espace, vous soutenez dans une de vos réponses (@Vanessa juin 2010) une thèse assez similaire. Hors l’espace point de salut ?

Je crois en effet très profondément que l’avenir de l’humanité s’écrira nécessairement dans l’espace, puisqu’un jour ce monde n’existera plus, et que je ne peux me résoudre à la disparition de mon espèce. Aujourd’hui, je reconnais que c’est plus un acte de foi qu’une perspective technologique. Mais lorsque je vois que, depuis notre petit caillou perdu dans l’espace, nous avons récemment réussi à détecter la présence d’un autre caillou très semblable au nôtre, mais à 20 années-lumière de là, je me dis que cette espèce bipède dont je fais partie, même si elle me désespère parfois, est aussi capable de grandes choses. Surtout, elle a besoin de rêver, car ses rêves deviennent souvent, avec du temps et du travail, parfois du génie, ses plus belles réalisations. Alors c’est vrai que, lorsque je m’allonge sur l’herbe de quelque prairie par une belle nuit d’été et que je contemple les étoiles, je me demande autour de laquelle mes arrières-arrières-arrières petits enfants auront peut-être la chance de vivre, si les prophètes de malheur ne les ont pas désespérés d’entreprendre avant…

• Allez-vous continuer à répondre à ces questions jusqu’en 2036 ?

Je continuerai à répondre aux questions de mes lecteurs jusqu’à mon dernier souffle !  Et si j’en crois les statistiques sur l’espérance de vie, et sur les chances que cela se passe mal en 2036, cela devrait se prolonger bien au-delà… Tant pis pour ceux que j’empêche de catastropher en rond !

Interview de Didier Jamet   Ciel des hommes

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