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Interview des auteurs et réalisateurs de « Tout va disparaitre »

TV & Web sériesPosté par le 5/29/10 • Classé dans TV & Web séries

Interview des auteurs et réalisateurs de « Tout va disparaitre »À l’occasion de la diffusion du quatrième épisode de la web-série « Tout va disparaitre » qui marque la fin de la saison 1, la-fin-du-monde.fr a souhaité en savoir plus sur les instigateurs de cet étrange projet qui mêle théâtre, comédie musicale, série télé et fin du monde. Voici donc les réponses de Benjamin Abitan, Thomas Horeau et Marc Sollogoub (les auteurs et réalisateurs), c’est-à-dire le Théâtre de la Démesure.

  • Comment avez-vous travaillez-vous l’écriture de « Tout va disparaitre » ?

Il n’y a pas de méthode a priori. Écrire une série était nouveau pour nous qui avons plutôt l’habitude d’écrire des spectacles, et nous avons tâtonné pour trouver la méthode la plus opérante pour notre projet qui est très particulier, car l’enjeu est de faire jouer toute une ville, avec peu de budget et avec des amateurs exclusivement.

On part de la réalité, on liste toutes les contraintes de la réalité (lieux, acteurs) et ça nous fournit une structure dans laquelle on injecte nos envies. On se promène dans la ville et on la rêve différemment. Il y a une part d’errance dans la gestation du projet qui est importante. On travaille longtemps sans vraiment formaliser, en discutant.

Ensuite, à partir de la réalité d’un côté et de nos envies de l’autre, on traverse une longue période de « brainstorming » pendant laquelle on fait des schémas compliqués sur des nappes de restaurant… On a construit comme ça la trame de la fiction, saison 1 d’abord, puis saison 2 après le tournage de la première.

Le plus gros travail c’est de produire un synopsis cohérent. Il faut gérer les parcours de 12 acteurs en essayant de faire en sorte qu’ils aient des rôles équivalents. Les dialogues sont vraiment écrits par nous trois. On se répartit les scènes puis celles écrites par l’un de nous sont retravaillées par les deux autres.

On essaie de coller à la réalité de la façon dont ces jeunes se parlent déjà entre eux, sans produire un style particulier.

Interview des auteurs et réalisateurs de « Tout va disparaitre »

…permettre à la frontière réalité-fiction d’être particulièrement poreuse…

  • De l’extérieur vous donnez l’impression d’une troupe très soudée, faites-vous tout ensemble ou chacun à-t-il sa spécialité ?

Les deux. Chacun a des compétences spécifiques qui entrent en action dans certains cas, mais la majeure partie du travail est faite à trois pour l’écriture, à quatre pour le tournage et à cinq pour le montage. C’est une habitude développée au fil des années sur d’autres projets.

Ce n’est pas spécialement dans un souci de création collective « démocratique » par principe, c’est plutôt parce qu’on a vraiment besoin des lumières de tout le monde sur chacun des aspects de la création… Cela a l’avantage de nous obliger à tout formuler clairement, à ce que tout soit justifié dramaturgiquement, pour le défendre en face des autres.

Ce n’est pas toujours facile, car il faut parfois renoncer à une idée à laquelle on tient, faire confiance… Ce n’est jamais gagné, mais nous ne pensons pas pouvoir travailler autrement pour l’instant (et ne le souhaitons pas).

On essaie de faire en sorte que chacun puisse « tout faire », de faire tourner l’initiative. De manière informelle, une relation dialogique s’organise, en tout cas dans l’écriture : un de nous pose des questions aux autres, mais ce n’est jamais le même.

  • Comment est venue l’idée de la fin du monde ?

Le projet Tout va disparaître est avant tout notre réponse à une commande de la compagnie Orphée Théâtre, qui fait des spectacles musicaux sur Auray avec des amateurs depuis bientôt vingt ans.

L’idée de la fin du monde est venue de l’envie de faire un spectacle dans un esprit plutôt rock, et de l’idée de former un groupe de rock avec de vrais jeunes d’Auray dont les textes s’avèreraient « prophétiques » dans la fiction. Il s’agit aussi de mettre en jeu la confrontation d’une petite ville, d’un petit groupe de personnes, avec un enjeu d’ordre mondial. Mais la fin du monde est surtout un prétexte pour imaginer les manifestations de la peur à l’échelle d’une ville. La peur est vraiment centrale dans le projet ; on ne sait d’ailleurs pas très bien si elle est la cause ou l’effet du désordre, et cette ambiguïté est maintenue jusqu’au bout. Un peu comme dans Twin Peaks (notre principale influence) ou la part de fantastique a aussi la fonction de révéler des histoires individuelles.

À travers l’Histoire, les occurrences de la thématique de l’Apocalypse correspondent toujours à des bouleversements majeurs dans les civilisations. Cette crainte accompagne l’avènement d’un nouvel ordre économique, politique et social. Aujourd’hui encore, il s’agit bien de ça. Nous nous sommes beaucoup inspirés de la réalité parfois surprenante : construction de bunkers à 50 000 dollars la place, phénomène des « preppers » aux États-Unis… Nous travaillons beaucoup avec des matériaux trouvés sur Internet. Votre site, par exemple, représente un outil de travail remarquable pour nous.

Interview des auteurs et réalisateurs de « Tout va disparaitre »

…les manifestations de la peur à l’échelle d’une ville…

  • Quelles sont les œuvres (films, livres…) sur la fin du monde qui vous ont marquées ou inspirées ?

Surtout il s’agit d’un contexte global où la thématique de la fin du monde est omniprésente (2012, The Road, etc). C’est plutôt le « phénomène 2012 » qui nous inspire, par exemple, que le film lui-même, qui ne parle d’ailleurs pas vraiment de la fin du monde. Il y a un mélange d’inquiétude et de fantasme qui constitue pour nous un terrain propice à la construction d’une fiction bâtie avec des éléments de réalité. Après la sortie de 2012, la NASA a publié un communiqué pour expliquer qu’il n’y avait pas de quoi paniquer… C’est fou qu’une telle institution soit amenée à produire un démenti officiel d’une fiction hollywoodienne. On nous a aussi raconté l’histoire d’une classe d’élèves de collège qui refusaient de travailler et ont répondu à leur prof « De toute façon, c’est bientôt la fin du monde… » On a utilisé cette histoire pour écrire une séquence de la saison 2.

Le fait de mettre en jeu la peur de la fin du monde dans une ville, en jouant sur le côté « canular » à la Orson Welles permet à la frontière réalité-fiction d’être particulièrement poreuse (faux articles dans les journaux locaux accompagnant la sortie des épisodes, chroniques radiophoniques, micro-trottoir, blog tenu par un des personnages de la fiction comme vous le découvrirez dans la saison 2, etc.).

L’enjeu du projet était aussi de proposer aux jeunes d’Auray de faire une « vraie série » à l’américaine, sur le modèle de Lost, etc. Cela dit, le travail nous a plutôt emmenés ailleurs : nous n’avons que 8 épisodes de 10 minutes pour développer 12 parcours parallèles, le tout pratiquement sans aucun budget et avec très peu de temps de tournage… Pas question donc de rivaliser avec les superproductions télévisuelles. Notre démarche se rapproche plutôt de celle, par exemple, de l’association Carpeta qui a tourné il y a quelque temps une série, Les périls de Charles Jude, dans la même région et sur le même principe (amateurs, bonne volonté, coups de main etc.).

Interview des auteurs et réalisateurs de « Tout va disparaitre »

…la troisième saison emprunte carrément les codes de la « comédie musicale »…

  • Pourquoi 2 saisons de 4 épisodes et pas les 8 d’un coup ?

Tout d’abord, il y a trois saisons et non 2… La dernière prend une forme très différente puisqu’il s’agit d’une série de spectacles dans les espaces publics d’Auray. Mais elle s’inscrit dans la continuité des deux autres (histoire, personnages).

L’idée était de commencer dans l’intimité des personnages et de « dézoomer » progressivement pour se retrouver avec un objet ouvert à l’échelle d’une ville, très difficile à appréhender dans sa totalité, constitué d’un réseau de mini-dispositifs de narration qui font irruption dans la réalité. À la fin, les histoires individuelles seront noyées dans les mouvements de masse. Jusqu’au grand « finale » du 28 août rassemblant tous les acteurs du projet, ce qui devrait faire beaucoup de monde (au moins une soixantaine de personnes à première vue).

Une transition progressive au niveau des codes utilisés accompagne ce mouvement de dézoom : la saison 1 essaie d’être globalement réaliste, la deuxième s’éloigne un peu du réalisme (scènes de rêve, scènes d’action plus référencées, etc.) et la troisième emprunte carrément les codes de la « comédie musicale » (dans un sens non restrictif puisqu’il s’agit surtout de mettre en jeu des chœurs de diverses natures qui s’affrontent : une batucada, un choeur de marins, etc.). Pourtant, elle se rapproche aussi de la réalité puisque les personnages quittent l’écran et descendent « dans la rue ».

Finalement, la série n’est donc qu’un des multiples éléments constitutifs d’un projet à plus grande échelle.

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