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Pornographie de la fin du monde

BDHumourPosté par le 9/25/09 • Classé dans BD,Humour

Pornographie de la fin du mondePornographie et fin du monde, étant mes deux thèmes de prédilection, j’ai cliqué compulsivement sur le lien de mon agrégateur RSS lorsque j’ai vu s’afficher cette suite de mots magiques. J’avoue ne pas avoir été déçu du résultat quand je suis arrivé sur « Mal faits », le BDblog de Olivier Texier dont la tag line donne une définition très juste «Journal de dessins absurdes réalisés au stylo feutre par Olivier Texier».

En parler est beaucoup plus difficile, tant cet auteur refuse absolument de rentrer dans quelque ‘genre’ que ce soit. Cet extrait d’une interview publiée sur le site des Editions Humeurs, résume bien cette volonté :

Éditions Humeurs : Ces strips semblent complètement à part dans le milieu de la BD… Quelles sont tes influences ?
Olivier Texier : C’est pour moi le compliment qui a le plus d’importance, puisqu’un de mes crédos est justement de ne rien faire qui soit déjà vu. Cela dit on est tous des éponges qui absorbent en permanence d’innombrables influences, et je serai quand même assez fier si l’on trouvait des parentés de mon univers avec la série télé des Monty Python ou, en matière de BD, avec Krazy Kat d’Herriman par exemple. Mais cela dit, je n’ai aucun « maître à penser » en la matière… Si ça se trouve on peut même retrouver dans ma BD des choses que j’aurais pu voir au « petit théâtre de Bouvard » à la téloche quand j’étais petit !
 

Pornographie de la fin du mondeLe résultat, un croisement entre les dessins du NewYorker et le trash d’un concert à Pali-kao, de l’absurde, du non-sens, mais surtout un énorme sens de l’humour. En plus, cet homme est un stakhanoviste forcené, 35 albums auto-édités entre 1997 et 2006 et une bibliographie longue comme le bras d’un député UMP. Si les sous-titres de ses dessins donnent une idée assez juste de ce qui vous attend : «Quand le zoophile pète les plombs», «le tourisme sexuel c’est parfois de belles histoires», «Ce n’était pas juste une vieille femme dans un évier», le mieux est d’aller les voir sur son blog (ou plutôt l’un des ses blogs, je vous l’ai dit c’est un forcené).

3 questions à Olivier Texier :

  • La fin du monde, vous y pensez souvent ?

Oui, c’est un thème qui m’intéresse beaucoup ! Même si j’aime bien tout ce qui est idiot et absurde, j’essaie d’être à l’écoute du monde qui m’entoure, et je trouve que « la fin du monde » est actuellement une thématique capitale, dans les médias comme dans l’inconscient collectif !

Nous baignons dans une sorte de peur collective intense à propos de la « fin du monde », et que j’ai l’impression que nous y prenons un grand de plaisir pervers… Mais une chose est sûre : entre le réchauffement de la planète et sa ribambelle de conséquences mortelles, la diminution de la fécondité humaine, les crises économiques «pire-qu’en-29», l’orgie médiatique des grandes catastrophes, la phobie des épidémies, la crainte des attaques terroristes bactériologiques ou atomiques et les nombreux Armageddons mystiques passés (souvenez-vous de Paco Rabane !) et à venir, nous sommes devant un grand choix de « fin du monde » possible ! C’est à la fois très drôle et un peu fatiguant, à la longue. J’ai aussi l’impression que tout cela est assorti d’une superstition qui nous fait penser que l’on va pouvoir y assister en direct à la télé, et que si jamais ça chauffe trop pour notre matricule, on pourra toujours se réfugier à la campagne et faire pousser des patates (« désert français », tiens-toi prêt !)

Mais bon, moi, ce qui me touche surtout dans tout ça c’est la disparition des tigres ; lorsque le dernier tigre sauvage aura été effacé de la surface de cette planète, je sais que je serai inconsolable…

Pornographie de la fin du monde

  • Quelles sont les œuvres inspirées ou parlant de la fin du monde qui vous ont marqué ?

Tout petit déjà, dans les années 70, je lisais les « fins du monde » des auteurs de SF américains des années 60 traduits en livre de poche. Je dévorais aussi les pages de Métal Hurlant, une des revues de BD française qui m’a le plus influencé. C’était très orienté « catastrophe nucléaire » à l’époque, et ça faisait de chouettes récits de mutants qui erraient dans une terre devenue une sorte de grand terrain vague empoisonné. Et puis, évidemment, il y a eu « Ken le survivant » à la télé, le dessin animé tiré du manga « Hokuto No Ken », un classique qui continue d’avoir un grand public de fans et une réelle influence de nos jours !

Pornographie de la fin du monde 

Métal Hurlant / Hokuto No Ken / Mad Max

Pour le cinéma, j’avoue un grand faible pour Mad Max, même si le premier, celui que je préfère, n’est pas du tout « post-apocalyptique ». Chose amusante, je viens de lire « La route » de Cormac McCarthy, et la proximité avec ces classiques que je cite m’a vraiment sautée aux yeux ! Je trouve très révélateur que ce récit ait eu le prix Pulitzer en 2007, et qu’un auteur puisse faire de la noble littérature avec une thématique aussi « série B » !

Sinon, je trouve que dans la scène graphique actuelle, notamment américaine et underground, il y a des choses vraiment fortes en matière de « fin du monde ». Je me sens très proche d’auteurs comme Chris Forgues (plus connue sous le nom de C.F.) dont je conseille la lecture de « Powr Mastrs » (cherchez pas, il n’a pas de blog et est quasiment absent du web…. Il faut chercher ses livres sur amazon.com par exemple . J’avoue aussi un grand plaisir pervers au contact des dessins de Mavado Charon, assez extrême dans le genre. Sinon, un auteur comme Kaz m’a aussi beaucoup influencé pour ma série de strips « Grotesk », et son « Terrain Vague » (remarquable adaptation aux éditions Cornélius en France) est très « fin du monde » finalement !. Dans les dessinateurs undergrounds US actuels, il y en a un que je porte aussi aux nues : Matt Lock… Si ça se trouve il a tout juste 20 ans, mais son dessin m’épate vraiment ! Et on est vraiment dans le sujet qui nous intéresse…

 

Pornographie de la fin du monde 

La Route / Powr Mastrs / Kaz / Matt Lock

  • Pornographie et fin du monde, ça fait pas un peu beaucoup ?

Pornographie de la fin du mondeSi ! Et je suis très content d’avoir réussi à mêler les deux ! Traiter de la « fin du monde » me permet d’élaborer un propos sur le corps et le désir, et sur une hypothétique fin des tabous… ainsi que sur l’effacement de la frontière entre le masculin et le féminin (ce que les anglo-saxons appellent le « Queer », voir l’ouvrage fondateur « Gender Trouble » de Judith Butler). Je trouve que ces thématiques sont un très bon point de départ pour faire des dessins érotiques avec un angle nouveaux.

Dans cette série, je m’amuse donc à imaginer que notre monde vient de disparaître, emportant avec lui ses règles sociales, sa technologie, ses tabous… À partir de là, j’essaie de mettre en scène la manière dont les gens s’aiment, se caressent, s’amusent ensemble… Comme s’il ne restait plus que ça à faire et que, du coup, tout le monde s’applique à ce que l’activité sexuelle soit la plus nouvelle et la plus joyeuse possible, et n’exclut ni les moches ni les vieux. J’essaie de faire en sorte que mes dessins soient finalement plus jubilatoires et subversifs que simplement « pornographiques » ! À partir du moment où elle s’accompagnerait d’une plus grande liberté individuelle en matière de désir, et d’une meilleure appréhension de l’Autre, j’applaudirai des deux mains (et dès demain) la première fin du monde venue !

(interview réalisée par mail, le 21 septembre 2009)

En + :

Mal faits

La peur du vide

L’interview sur le site des éditions Humeurs

La fiche du monsieur sur Wikipédia

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