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La fin du monde – Camille Flammarion #40

FeuilletonsPosté par le 8/28/09 • Classé dans Feuilletons

La fin du monde – Camille Flammarion #40

ÉPILOGUE – APRÈS LA FIN DU MONDE TERRESTRE

Dissertation philosophique finale.

Alors l’ange jura, par Celui qui vit dans les siècles des siècles, qu’il n’y aurait plus de temps désormais.

APOCALYPSE, X, 6.

La Terre était morte. Les autres planètes étaient mortes l’une après l’autre. Le Soleil était éteint. Mais les étoiles brillaient toujours : il y avait toujours des soleils et des mondes.

Dans l’éternité sans mesure, le temps, essentiellement relatif, est déterminé par le mouvement de chacun des mondes, et même, en chaque monde il est apprécié diversement, selon les sensations personnelles des êtres. Chaque globe mesure sa propre durée. Les années de la Terre ne sont pas celles de Neptune. L’année de Neptune égale cent soixante-quatre des nôtres, et n’est pas plus longue dans l’absolu. Il n’y a pas de commune mesure entre le temps et l’éternité. Dans l’espace vide, il n’y a pas de temps : on n’est là en aucune année, en aucun siècle ; mais il y a cependant la possibilité d’une mesure qu’y déterminerait l’arrivée d’un globe tournant.

Sans mouvement périodique, on ne peut avoir aucune notion d’un temps quelconque.

La Terre n’existait plus. Ni la Terre, ni sa voisine céleste la petite île de Mars, ni le beau globe de Vénus, ni le monde colossal de Jupiter, ni l’univers étrange de Saturne qui avait perdu son auréole, ni les planètes lentes d’Uranus et de Neptune, ni même le sublime Soleil dont les feux avaient pendant tant de siècles fécondé les célestes patries gravitant dans sa lumière. Le Soleil était un boulet noir, les planètes étaient d’autres boulets noirs, et ce système invisible continuait de courir dans l’immensité étoilée, au sein du froid de l’espace obscur. Au point de vue de la vie, tous ces mondes étaient morts, n’existaient plus. Ils survivaient à leur antique histoire comme les ruines des villes mortes de l’Assyrie que l’archéologue découvre dans le désert sauvage, et roulaient obscurs dans l’invisible et dans l’inconnu. Tout cela était ultra-glacé, à 273 degrés au-dessous de zéro.

Nul génie, nul devin n’aurait pu reconstruire le temps évanoui, ressusciter les anciens jours où la Terre flottait ivre de lumière, avec ses belles plaines verdoyantes s’éveillant au soleil du matin, ses rivières ondulant comme de longs serpents le long des prés verts, ses bois animés du chant des oiseaux, ses forêts profondes aux ombres mystérieuses, ses mers se soulevant sous l’attraction des marées ou mugissant dans les tempêtes, ses montagnes dont les versants débordaient de sources et de cascades, ses sillons d’or, ses jardins émaillés de fleurs, ses nids d’oiseaux, ses berceaux d’enfants, ses populations humaines laborieuses dont l’activité l’avait transformée et qui avaient vécu si joyeusement au soleil de la vie, perpétuées par les ravissements d’un amour sans fin. Alors tout ce bonheur semblait éternel. Que sont devenus ces matins et ces soirs ? ces fleurs et ces amantes ? ces rayons et ces parfums ? ces harmonies et ces joies ? ces beautés et ces rêves ? Tout a disparu.

La Terre morte. Toutes les planètes mortes. Le Soleil éteint. Tout le système solaire annulé. Le temps lui-même suspendu !

Le temps s’écoule dans l’éternité. Mais l’éternité demeure et le temps ressuscite.

Avant l’existence de la Terre, pendant toute une éternité, il y a eu des soleils et des mondes, des humanités vivant et agissant comme la nôtre aujourd’hui. Elles vivaient ainsi dans le ciel il y a des millions et des millions d’années, et alors notre Terre n’existait pas. L’univers antérieur n’était pas moins brillant que le nôtre. Après nous, ce sera comme avant nous : notre époque n’a pas d’importance. En examinant l’histoire passée de la Terre, nous pourrions remonter d’abord à l’époque primitive où notre planète brillait dans l’espace, véritable soleil ; nous la verrions ensuite à l’époque où, semblable à Jupiter et à Saturne, elle a été enveloppée d’une atmosphère dense et chargée de vapeurs chaudes, et nous pourrions la suivre en ses transformations jusqu’à la période humaine. Nous venons de voir aussi que, lorsque sa chaleur fut entièrement dissipée, lorsque ses eaux furent absorbées, lorsque la vapeur d’eau de son atmosphère eut disparu et que cette atmosphère fut plus ou moins absorbée elle-même par la planète, notre globe dut offrir l’image de ces grands déserts lunaires révélés par le télescope, avec les différences individuelles de la nature terrestre régie par ses propres éléments, avec ses dernières configurations géographiques, ses derniers rivages et ses derniers cours d’eau desséchés. Cadavre planétaire ! Terre morte et glacée, elle emporte toutefois dans son sein une énergie non perdue, celle de son mouvement de translation autour du Soleil, laquelle énergie, transformée en chaleur par l’arrêt de ce mouvement, suffirait pour fondre le globe entier, en réduire une partie en vapeur et recommencer pour notre planète une nouvelle histoire, mais de bien courte durée ; car, si ce mouvement de translation venait à cesser, la Terre tomberait dans le Soleil et perdrait son existence propre. Arrêtée tout d’un coup, elle tomberait en ligne droite vers le Soleil, avec une vitesse croissante qui la précipiterait sur lui en soixante-cinq jours ; arrêtée graduellement, elle tomberait en spirale et viendrait après un temps plus long s’évanouir dans l’astre central.

L’histoire entière de la vie terrestre est là devant nos yeux, elle a son commencement et sa fin : sa durée, quelque soit le nombre des siècles qui la composent, est précédée par une éternité, suivie par une éternité, de telle sorte qu’elle ne représente, en définitive, qu’un instant perdu dans l’infini, une vague imperceptible sur l’immense océan des âges.

Longtemps après que la Terre eut cessé d’être le séjour de la, vie, les mondes gigantesques de Jupiter et de Saturne, arrivés plus lentement de la phase solaire à la phase planétaire, régnèrent à leur tour au sein du système solaire, dans le rayonnement d’une vitalité incomparablement supérieure à toute l’histoire organique de notre globe. Mais pour eux aussi les jours de la vieillesse arrivèrent, et eux aussi descendirent dans la nuit du tombeau.

Navigateurs lancés pour n’atteindre aucun port !

SULLY PRUDHOMME, Le Zénith.

Si la Terre avait conservé assez longtemps ses éléments de vitalité, comme Jupiter, par exemple, elle ne serait morte que par l’extinction du Soleil mère. Mais la durée de la vie des mondes est en proportion de leur grandeur et de leurs éléments de vitalité.

La chaleur solaire est due à deux sources principales : la condensation de la nébuleuse primitive et la chute des météores. La première cause a produit, d’après les calculs les mieux établis de la thermodynamique, une chaleur surpassant de dix-huit millions de fois celle que le Soleil rayonne par an, en supposant que la nébuleuse primitive ait été froide, ce qui n’est pas probable. En continuant de se condenser, le Soleil peut rayonner sans rien perdre pendant des siècles et des siècles.

La chaleur émise à chaque seconde est égale à celle qui résulterait, de la combustion de onze quatrillions six cent mille milliards de tonnes de charbon de terre brûlant ensemble ! La Terre n’arrête au passage que la demi-milliardième partie de ce rayonnement, et ce demi-milliardième suffit pour entretenir l’immense feu de la vie terrestre tout entière. Sur soixante-sept millions de rayons de lumière et de chaleur que le Soleil envoie dans l’espace, un seul est reçu et utilisé par les planètes.

Eh bien, pour conserver cette source de chaleur, il suffirait que le globe solaire continuât de se condenser de telle sorte que son diamètre ne diminuât que de 77 mètres par an, soit de 1 kilomètre en treize ans. Cette contraction est si lente qu’elle serait tout à fait imperceptible à l’observation. Il faudrait neuf mille cinq cents ans pour réduire le diamètre d’une seule seconde d’arc.

Si même le Soleil était encore actuellement gazeux, sa chaleur, loin de diminuer ou même de rester stationnaire, s’accroîtrait encore par la contraction seule ; car, si un corps gazeux se condense, d’une part, en se refroidissant, d’autre part, la chaleur engendrée par la contraction est plus que suffisante pour empêcher la température de s’abaisser, et la chaleur augmente jusqu’à ce que la condensation commence sous forme liquide. Le Soleil semble arrivé à ce point.

La condensation du globe solaire, dont la densité n’est encore que le quart de celle du globe terrestre, peut donc à elle seule entretenir pendant bien des siècles (au moins dix millions d’années) la chaleur et la lumière de l’astre radieux. Mais nous venons de parler d’une seconde source d’entretien de cette température : la chute des météores. Il en tombe constamment sur la Terre : cent quarante-six milliards d’étoiles filantes par an. Il en tombe incomparablement plus sur le Soleil, à cause de son attraction prépondérante. S’il en recevait par an environ la centième partie de la masse de la Terre, cette chute suffirait pour entretenir son rayonnement, non point par la combustion de ces météores, – car, si le Soleil se consumait lui-même, il n’aurait pas duré plus de six mille ans, – mais par la transformation en chaleur du mouvement subitement arrêté, et égal à 650 000 mètres dans la dernière seconde de chute, tant l’attraction solaire est intense.

La Terre tombant sur le Soleil entretiendrait pendant 95 ans la dépense actuelle d’énergie du Soleil ;

  • Vénus pendant 84 ans ;
  • Mercure pendant 7 ans ;
  • Mars pendant 13 ans ;
  • Jupiter pendant 32254 ans ;
  • Saturne pendant 9652 ans ;
  • Uranus pendant 1610 ans ;
  • Et Neptune pendant 1890 ans.

C’est-à-dire que la chute de toutes les planètes dans le Soleil produirait assez de chaleur pour entretenir sa production pendant près de quarante-six mille ans.

Il est donc certain que la chute des météores ajoute une longue durée à l’entretien de la chaleur solaire. Un trente-trois-millionième de la masse solaire ajouté chaque année suffirait pour compenser la perte, et la moitié seulement si l’on admettait que la condensation ait une part égale à celle de la chute des météores dans l’entretien de la chaleur solaire ; il faudrait des siècles pour que les astronomes s’en aperçussent par l’accélération des révolutions planétaires.

Nous pouvons donc admettre, au minimum, vingt millions d’années à l’avenir solaire par ces deux causes seules. Il ne serait point exagéré d’aller jusqu’à trente. Et cette durée peut encore être augmentée par la réserve des causes inconnues, sans même songer à la rencontre d’un essaim météorique.

Le Soleil resta donc le dernier vivant de son système, le dernier animé du feu vital.

Mais lui aussi s’éteignit. Après avoir si longtemps versé sur ses filles célestes les rayons vivificateurs de sa lumière, il vit ses taches augmenter en nombre et en étendue, sa brillante photosphère se ternir, et sa surface jadis étincelante s’assombrir et se figer. Un énorme boulet rouge remplaça dans l’espace l’éblouissant foyer des mondes disparus.

Longtemps l’astre énorme conserva à sa surface une température élevée et une sorte d’atmosphère phosphorescente ; son sol vierge donna naissance à des flores merveilleuses, à des faunes inconnues, à des êtres absolument différents en organisation de tous ceux qui s’étaient succédé sur les mondes de son système, éclairés par la lumière stellaire et par des effluves électriques formant une sorte d’atmosphère autour de l’antique foyer.

Pour lui aussi, la dernière fin arriva, et l’heure sonna à l’horloge éternelle des destinées, où le système solaire tout entier fut rayé du livre de vie. Et successivement toutes les étoiles, dont chacune est un soleil, tous les systèmes solaires, tous les mondes eurent le même sort…

Et pourtant l’univers continua d’exister comme aujourd’hui.

Tout sera, tout semble être, et tout n’est que néant.

BOUDDHA.

La science mathématique nous dit : « Le système solaire ne parait plus posséder actuellement que la quatre cent cinquante-quatrième partie de l’énergie transformable qu’il avait lorsqu’il était à l’état de nébuleuse. Bien que ce résidu constitue encore un approvisionnement dont l’énormité confond notre imagination, il sera un jour dépensé aussi. Plus tard, la transformation sera accomplie pour l’univers entier, et il finira par s’établir un équilibre général de température comme de pression.

L’énergie ne sera plus alors susceptible de transformation. Ce sera non pas l’immobilité absolue, puisque la même somme d’énergie existera toujours sous forme de mouvements atomiques, mais l’absence de tout mouvement sensible, de toute différence et de toute tendance, c’est-à-dire la mort définitive. »

Voilà, ce que dit notre science mathématique actuelle.

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