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La fin du monde – Camille Flammarion #20

FeuilletonsPosté par le 7/31/09 • Classé dans Feuilletons

La fin du monde – Camille Flammarion #20

CHAPITRE VI – LA CROYANCE À LA FIN DU MONDE À TRAVERS LES ÂGES (suite 2)

Le célèbre devin Nostradamus ne pouvait manquer de faire partie du groupe des prophètes astrologiques. On lit dans ses Centuries le quatrain suivant, qui a été l’objet de bien des commentaires :

Quand Georges Dieu crucifiera,

Que Marc le ressuscitera,

Et que Saint Jean le portera,

La fin du monde arrivera.

Ce qui veut dire que, quand Pâques tombera le 25 avril (fête de Saint-Marc), le vendredi saint sera le 23 (fête de Saint-Georges) et la Fête-Dieu tombera le 24 juin (Saint-Jean). Ce quatrain ne manquait pas de malice, car du temps de Nostradamus – il est mort en 1566 – le calendrier n’était pas encore réformé (il ne l’a été qu’en 1582) et Pâques ne pouvait tomber le 25 avril. Au seizième siècle, le 25 avril correspondait au 15. Depuis la réforme grégorienne Pâques peut arriver le 25 avril : c’est sa date extrême, et c’est ce qui a eu lieu ou aura lieu en 1666-1734-1886-1943-2038-2190, etc., sans que cette coïncidence ait la fin du monde pour résultat. Les conjonctions planétaires, les éclipses et les comètes semblaient se partager les sinistres prédictions. Parmi les comètes historiques les plus mémorables à ce point de vue, signalons : celle de Guillaume le Conquérant, qui brilla en 1066 et que l’on voit représentée sur la tapisserie de la reine Mathilde, à Bayeux ; celle de l’an 1264, qui, dit-on, disparut le jour même de la mort du pape Urbain IV ; celle de l’an 1337, l’une des plus belles et des plus grandes que l’on ait vues et qui « présagea » la mort de Frédéric, roi de Sicile ; celle de 1399, que Juvénal des Ursins qualifia « signe de grand mal à venir » ; celle de 1402, que l’on associa à la mort de Jean Galéas Visconti, duc de Milan ; celle de 1456, qui jeta l’effroi dans toute la chrétienté, sous le pape Calixte III, pendant la guerre des Turcs, et qui est associée à l’histoire de l’Angélus, et celle de 1472, qui précéda la mort du frère de Louis XI. D’autres leur succédèrent, associées comme les précédentes aux catastrophes, aux guerres et surtout à la menace de la fin dernière. Celle de 1527 est représentée par Ambroise Paré et par Simon Goulart comme formée de têtes coupées, de poignards et de nuages sanglants. Celle de 1531 parut annoncer la mort de Louise de Savoie, mère de François Ier, et la princesse partagea l’erreur commune sur ces astres de malheur : « Voilà, dit-elle, étant au lit, et la voyant par la fenêtre, voilà un signe qui ne paraît pas pour une personne de basse qualité. Dieu le fait paraître pour nous avertir. Préparons-nous à la mort. » Trois jours après, elle était morte. Mais de toutes les comètes, celle de 1556, la fameuse comète de Charles-Quint, est peut-être encore la plus mémorable. C’est elle que l’on avait identifiée à celle de 1264 et dont on avait annoncé le retour pour les environs de l’année 1848. Elle n’est pas revenue.

La comète de 1577, celle de 1607, celle de 1652, celle de 1665 furent l’objet de dissertations interminables, dont la collection forme tout un rayon de bibliothèque. C’est à cette dernière qu’Alphonse VI, roi de Portugal, tira, dans sa colère, un coup de pistolet, en lui lançant les menaces les plus grotesques. Sur l’ordre de Louis XIV, Pierre Petit publia une instruction contre les craintes chimériques – et politiques – inspirées par les comètes. Le grand roi tenait à rester, seul et sans rival, soleil unique, nec pluribus impar ! et n’admettait pas que l’on supposât que la gloire perpétuelle de la France pût être mise en péril, même par un phénomène céleste.

L’une des plus grandes comètes qui aient jamais frappé les regards des habitants de la Terre, c’est assurément la fameuse comète de 1680, qui fut l’objet des calculs de Newton. « Elle s’est élancée, dit Lemonnier, avec la plus grande rapidité du fond des cieux, parut tomber perpendiculairement sur le Soleil, d’où on la vit remonter avec une vitesse pareille à celle qu’on lui avait reconnue en tombant. On l’observa pendant quatre mois. Elle s’approcha fort de la Terre et c’est à son apparition antérieure que Whiston attribua le déluge. » Bayle écrivit un traité pour mettre en évidence l’absurdité des anciennes croyances relatives aux signes célestes. Mme de Sévigné écrivait à son cousin le comte de Bussy-Rabutin : « Nous avons ici une comète qui est bien étendue ; c’est la plus belle queue qu’il soit possible de voir. Tous les grands personnages sont alarmés et croient que le ciel, bien occupé de leur perte, leur donne des avertissements par cette comète. On dit que, le cardinal Mazarin étant désespéré des médecins, ses courtisans crurent qu’il fallait honorer son agonie d’un prodige, et lui dirent qu’il paraissait une grande comète qui leur faisait peur. Il eut la force de se moquer d’eux, et leur dit plaisamment que la comète lui faisait trop d’honneur. En vérité, on devrait en dire autant que lui, et l’orgueil humain se fait aussi trop d’honneur de croire qu’il y ait de grandes affaires dans les astres quand on doit mourir. »

On le voit, les comètes perdaient insensiblement leur prestige. Nous lisons toutefois dans un traité de l’astronome Bernouilli cette remarque assez bizarre : « Si le corps de la comète n’est pas un signe visible de la colère de Dieu, la queue pourrait bien en être un. »

La peur de la fin du monde fut encore associée à l’apparition des comètes en 1773 ; une terreur panique envahit l’Europe et même Paris. Voici ce que chacun peut lire dans les Mémoires secrets de Bachaumont :

6 mai 1773. – Dans la dernière assemblée publique de l’Académie des sciences, M. de Lalande devait lire un mémoire beaucoup plus curieux que ceux qui ont été lus ; ce qu’il n’a pu faire par défaut de temps. Il roulait sur les comètes qui peuvent, en s’approchant de la Terre, y causer des révolutions, et surtout sur la plus prochaine, dont on attend le retour dans dix-huit ans. Mais, quoiqu’il ait dit qu’elle n’est pas du nombre de celles qui peuvent nuire à la Terre et qu’il ait d’ailleurs observé qu’on ne saurait fixer l’ordre de ces événements, il en est résulté une inquiétude générale.

9 mai. – Le cabinet de M. de Lalande ne désemplit pas de curieux qui vont l’interroger sur le mémoire en question, et sans doute il lui donnera une publicité nécessaire, afin de raffermir les têtes ébranlées par les fables qu’on a débitées à ce sujet. La fermentation a été telle que des dévots ignares sont allés solliciter M. l’archevêque de faire des prières de quarante heures pour détourner l’énorme déluge dont on était menacé, et ce prélat était à la veille d’ordonner ces prières si des académiciens ne lui eussent fait sentir le ridicule de cette démarche.

14 mai. – Le mémoire de M. de Lalande parait. Suivant lui, des soixante comètes connues, huit pourraient, en approchant trop près de la Terre, occasionner une pression telle que la mer sortirait de son lit et couvrirait une partie du globe.

La panique s’éteignit avec le temps. La peur des comètes changea de nature. On cessa d’y voir des signes de la colère de Dieu, mais on discuta scientifiquement les cas de rencontre possibles et l’on craignit ces rencontres. À la fin du siècle dernier, Laplace formulait son opinion sur ce point dans les termes assez dramatiques que l’on a vus rapportés plus haut (ch. II).

En notre siècle, la prédiction de la fin du monde a été plusieurs fois associée encore aux apparitions cométaires. La comète de Biéla, par, exemple, devait croiser l’orbite terrestre le 29 octobre 1832. Grande rumeur ! De nouveau, la fin des temps était proche. Le genre humain était menacé. Qu’allait-on devenir ?…

On avait confondu l’orbite, c’est-à-dire la route de la Terre, avec la Terre elle-même. Notre globe ne devait pas du tout passer en ce point de son orbite en même temps que la comète, mais plus d’un mois après, le 30 novembre, et la comète devait toujours rester à plus de 20 millions de lieues de nous. On en fut encore quitte pour la peur.

Il en fut de même en 1857. Quelque prophète de mauvais augure avait annoncé pour le 13 juin de cette année le retour de la fameuse comète de Charles-Quint, à laquelle on avait attribué une révolution de trois siècles. Plus d’une âme apeurée y crut encore, et à Paris même les confessionnaux reçurent plus de pénitents qu’à l’ordinaire.

Nouvelle prédiction en 1872, sous le nom d’un astronome qui n’y était pour rien (M. Plantamour, directeur de l’Observatoire de Genève).

De même que les comètes, les grands phénomènes célestes ou terrestres, tels que les éclipses totales de soleil, les étoiles mystérieuses qui ont paru subitement au ciel, les pluies d’étoiles filantes, les éruptions volcaniques formidables qui répandent autour d’eux l’obscurité d’une nuit profonde et semblent devoir ensevelir le monde sous un déluge de cendres, les tremblements de terre qui renversent les cités et engloutissent les habitations humaines dans les entrailles de la terre, tous ces événements grandioses ou terribles ont été associés à la crainte de la fin immédiate et universelle des êtres et des choses.

Les annales des éclipses suffiraient seules à former un volume, non moins pittoresque que l’histoire des comètes. Pour ne parler un instant que des modernes, l’une des dernières éclipses totales de soleil dont la zone ait traversé la France, celle du 12 août 1654, avait été annoncée par les astronomes, et cette annonce avait été suivie d’une immense terreur. Pour l’un, elle présageait un grand bouleversement des États et la ruine de Rome ; pour l’autre, il s’agissait d’un nouveau déluge universel ; pour un troisième, il n’en devait résulter rien moins qu’un embrasement du globe ; enfin, pour les moins exagérés, elle devait empester l’air. La croyance en ces effets tragiques était si générale que, sur l’ordre exprès des médecins, une multitude de gens épouvantés se renfermèrent dans des caves bien closes, chauffées et parfumées, pour se mettre à l’abri de l’influence pernicieuse. C’est ce qu’on peut lire notamment dans les Mondes de Fontenelle, 2e soirée. « N’eûmes-nous pas belle peur, écrit-il, à cette éclipse qui, à la vérité, fut totale ? Une infinité de gens ne se tinrent-ils pas renfermés dans des caves ? Et les philosophes, qui écrivirent pour nous rassurer, n’écrivirent-ils pas en vain ou à peu près ? Ceux qui s’étaient réfugiés dans les caves en sortirent-ils ? » Un autre auteur du même siècle, P. Petit, dont nous parlions tout à l’heure, raconte dans sa « Dissertation sur la nature des comètes », que la consternation augmenta de jour en jour jusqu’à la date fatale, et qu’un curé de campagne, ne pouvant plus suffire à confesser tous ses paroissiens qui se croyaient à leur dernière heure, se vit obligé de leur dire au prône de ne pas tant se presser, que l’éclipse était remise à quinzaine… Ces braves paroissiens ne firent pas plus de difficultés pour croire à la remise de l’éclipse qu’ils n’en avaient fait pour croire à son influence.

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