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Pourquoi le cinéma assassine-il notre planète ?

Posté par ethanol le 5/06/09 • Classé dans Cinéma

Par Lisa Kennedy (avec son aimable autorisation) critique de cinéma au Denver Post .

Posté le: 04/12/2009

Dans l’adaptation du roman graphique des « Watchmen« , l’horloge de la fin du monde avance inexorablement. Nous sommes à quelques minutes d’une conflagration nucléaire lorsqu’une bande de vengeurs masqués essayent de dénouer une intrigue complexe sur fond de soap opéra. Ce qui pour nous, humbles humains, ressemble à la fin du monde, semble pour eux assez anecdotique. Et pour les réalisateurs. Le monde disparaît également dans «Prédictions». Ce thriller avec Nicolas Cage était N° 1 au box-office le mois dernier. Notre pauvre planète doit se faire démolir de nouveau dans «Terminator Salvation» et, encore dans « 2012 » – deux poids lourds à venir des prochaines saisons d’été. Les metteurs en scène continuent de perfectionner leur talent pour ravager des paysages et anéantir des populations. Attention à  la flèche du Chrysler Building qui plonge vers la rue : Cool ! Regarder une vague capable de détruire un monastère dans l’Himalaya: Délire ! Aujourd’hui, les outils sont capables de créer des images du crash d’un avion ou de l’anéantissement de tout un pâté de maisons. Avec des effets spéciaux générés par ordinateur toujours plus impressionnant, les films des grands studios, déjà portés sur la destruction, délivrent toujours plus de catastrophes aux foules des multiplex, que ce soit pour des films d’horreur, de catastrophe ou pire.

Pourquoi le cinéma assassine il notre planète ?

Trop souvent, le pire joue le rôle central dans le scénario. Un cataclysme est un élément de l’intrigue, et pas le point final. Mais, si leur coffre à trucs est de plus en plus profond, l’éthique des cinéastes ne devrait-elle pas croître de la même façon ? Est-ce que le fait de posséder les outils capables de créer la trouille en représentant des destructions de masse signifie que nous devions les utiliser ?

La peur change de masque.

Même les films proposés aux enfants ne sont pas sûrs. Une somptueuse scène d’action en 3D dans « Monsters vs Aliens » saccage joyeusement le Golden Gate Bridge. Bien qu’encensée par la critique, la séquence d’ouverture « WALL-E » avec sa métropole désertée indique bien que les cinéastes ne réfléchissent pas assez sur l’impact que de telles visions apocalyptiques postcataclysmiques peuvent avoir sur des imaginations en plein développement. Trop souvent, ils répondent aux désirs de leur enfant ou adolescent intérieur.

Les membres de la classe d’âge très courtisée des jeunes adultes males ont un rapport très différent avec les catastrophes que celui des baby-boomers. Ces enfants n’ont pas grandis avec « allonge-toi et couvre-toi la tête » dans leur cour de récrée ( «duck-and-covering » était le message de prévention sur les bombes atomiques destiné aux enfants dans les années 50/60. Beaucoup de personnes de cette génération en gardent un souvenir angoissé. N.d.T.)

Cela ne signifie pas qu’ils n’aient pas d’angoisses, mais ce ne sont tout simplement pas les mêmes. Stockés dans leur propre banque d’images de peurs il y a : des scènes de fusillades dans des lycées, des menaces de bombes «sales» et des actes de terrorisme odieux.

Nous commençons à peine à saisir comment les images du 11 septembre, souvent décrites «comme un film», peuvent résonner sur grand écran.

Et il faut nous attendre à encore plus de destruction dans les salles obscures.

« Terminator Salvation: The Future Begins » débute le 21 mai. C’est une des plus grosses franchises actuelles, et celle-ci a toujours utilisé des désordres dans l’espace-temps pour représenter une fin catastrophique ou un démarrage horrible

L’automne (le film est repoussé à début 2010. N.d.T.) verra arrivé la dernière épopée catastrophe de Roland Emmerich, « 2012« , basé sur la fin des temps prophétisé par le calendrier maya, à ne pas confondre avec la Fin des Temps prophétisé dans les livres et les films « Left Behind« .

Au moins, on pourrait arguer que les films évangéliques avec Kirk Cameron ont une ambition plus élevée, même si elle demeure troublante. En comparaison, les incursions laïques dans l’apocalypse, bien que souvent spectaculaires, semblent en fait spectaculairement cyniques. Ce qui était autrefois cathartique semble aujourd’hui de l’exploitation. Ce qui nous laisse en attente et nous force à nous demander: Est-ce que la fin du monde a perdu son pouvoir de séduction ?

Est-ce que cela pourrait être une bonne chose?

« High anxieties »

Ce n’est pas une surprise que la première vague de film-catastrophe ait commencée avec la guerre froide et la course aux armements nucléaire. La liste des films, B et autres, comprend la célèbre adaptation du roman de science-fiction d’HG Wells « La guerre des mondes » (1953),  » Le météore de la nuit » (1953), « Godzilla, King of the Monsters! » (1956); et « L’invasion des profanateurs de sépultures » (1956).

Le film post-guerre nucléaire de Stanley Kramer, « Sur la plage« (1959), était d’un tout autre genre. Les stars Gregory Peck, Ava Gardner et Fred Astaire interprétaient un assemblage de diverses personnalités qui se retrouvent en Australie lorsqu’ils apprennent que l’impensable s’est produit dans l’hémisphère Nord et que les nuages radioactifs dérivent vers le sud. Le film prenait au sérieux (certains estiment de façon trop mélodramatique) la mort de l’humanité. Anthony Perkins y jouait un jeune officier de la marine australienne, obligé d’apprendre à son épouse la façon de tuer leur petite fille puis elle-même avant que le nuage ne devienne létal.

Dans les années 70, les films catastrophes résultaient de curieux arrangements entre les grands studios et les stars. C’était l’époque ou des films d’horreur à petits budgets parvenaient à recycler, de manière décalée, la souffrance générée par la guerre du Vietnam sur la classe moyenne. Vous rappelez-vous d’Helen Hayes dans l’avion en péril d’ »Airport » ? Ou Shelley Winters dans « L’aventure du Poséidon« ? Paul Newman dans un gratte-ciel en feu dans « La tour infernale« ? Charlton Heston, qui prenait la bonne décision à la fin de « Tremblement de terre » en périssant avec son ex-épouse Ava Gardner plutôt que de vivre avec sa maîtresse ? (Le choix était facile, je trouve).

Ayant vu ces films quand j’étais jeune, je reconnais qu’ils savaient très bien gratter la où cela démange. Ils ont su réveiller des phobies que je ne me connaissais même pas : les ascenseurs ( «La tour infernale « ), les parkings et les viaducs ( «Tremblement de terre« , « en Sensurround! »), le tangage des bateaux avec la houle ( »L’aventure du Poséidon  » ).

En mille morceaux

Ce n’est pas que ces films étaient bons. Il ne l’était pas. Mais leur cynisme était pittoresque et contenu. Ils n’avaient pas encore à être globaux.

Dans la bande-annonce de « 2012« , un moine bouddhiste tibétain grimpe désespérément sur une montagne pour sonner le gong de son monastère. A la fin, on peut lire : «Comment les gouvernements de notre planète prépareraient six milliards de personnes pour la fin du monde? ». Le visage du moine dit tout. Mais juste au cas où, le texte prévoit une réponse : «Ils ne le feraient pas. »

Pourquoi le cinéma assassine il notre planète ?

Peut-être reconnaissez-vous le métier.  Le réalisateur Roland Emmerich a réalisé certains des plus célèbres films « j’explose/je dynamite/je déchiquette », en commençant avec « Independence Day« , continuant avec « Godzilla » et atteignant l’apothéose en 2004, avec « Le jour d’après » un film d’action ridicule, quoique profitable, sur le changement climatique.

Une trêve avec la fin des temps.

Bien sûr, les plaidoyers pour le caractère sacré de l’imagination sonnent souvent revêche ou naïf. La culture populaire traite souvent nos inquiétudes avec exagération.

Mais de temps à autre, une correction est nécessaire. Les films-catastrophes, comme les slasher, ont commencé à vendre le réalisme de leur FX comme leur propre raison d’être. La signification autrefois donnée (certes un peu ridicule) au mot catastrophe semble maintenant plus relever d’un séminaire de MBA.

Les cinéastes semblent participer à une compétition ou la seule chose qui compte est de filmer une apocalypse plus effrayante que la précédente, et cela aussi longtemps que le box-office confirme leur succès. Ce n’est pas parce que Emmerich est accro à l’apocalypse que nous devons le suivre vers cette falaise, déclare  Patty Greer une réalisatrice de Boulder.

Son documentaire, «2012: We’re Already in It /2012: Nous y sommes déjà » interroge de nombreuses personnes spirituellement très différentes les unes des autres sur le sens de 2012. En février, il a remporté le prix pour le meilleur long métrage, catégorie OVNI ou sujet connexe à l’ « International UFO Congress Convention », dans le Nevada.

«Les gens veulent plus de tristesse et malheur. Je ne produis ni ne fais la promotion d’images « de fin de monde » dans mon travail parce que clairement, nos pensées, nos paroles et nos actions créent notre réalité et nos rêves», m’écrit-elle dans un courriel. « Nous avons besoin de croire en en tant que race à notre capacité à inverser le cours des choses…. Le script est toujours en cours de rédaction. »

Si tel est le cas, espérons que ce film passe également dans un cinéma près de chez vous.

Article original du Denver Post par Lisa Kennedy

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