« La fin du monde » de Joe Janes
Posté par ethanol le 4/07/09 • Classé dans Arts, Revue de Net / Presse
Joe Janes est auteur, acteur et metteur en scène à Chicago, il enseigne au Second City Training Center et au Columbia College. Cette année Joe Janes s’est fixé un pari fou, écrire chaque jour un nouveau sketch et le publier sur son blog. Voici l’un d’eux, intitulé (devinez quoi ?) la fin du monde…
Semaine 10, Jour 67 – « La fin du monde » - 67 de 365 – Jeudi 26 Mars 2009
Distribution:
Brian, la trentaine
Keely, la trentaine
(les lumières s’allument et dévoilent la salle de contrôle d’un silo de missiles, quelque part dans le Kansas. Brian et Keely portent une combinaison sombre. La raisonnablement attrayante Keely est assise à un panneau de contrôle alors que le moins raisonnablement attrayant Brian se penche pour lire des voyants sur un mur de consoles)
BRIAN
Vous savez ce que je n’ai pas fait depuis un petit bout de temps, Keely?
KEELY
Quoi donc ?
BRIAN
Aller au cinéma. Aller dans une salle de cinéma, s’asseoir dans l’air conditionné, manger du pop-corn, siroter un coca bien glacé et regarder un bon film sur le grand écran.
KEELY
Pareil, ça fait un bon bout de temps que ça ne m’est pas arrivé.
BRIAN
On pourrait y aller, après le boulot, vendredi. On pourrait peut-être même partir un peu plus tôt et manger un morceau au Chicken Shack, passer au multiplexe et voir ce qui se joue. Ça vous branche ?
KEELY
Ça ressemble à un rencard.
BRIAN
Rencard? Nan. Vous avez été clair sur ce point. C’est juste deux collègues qui font un break pendant leur corvée de baby-sitting de missile nucléaire. Deux collègues qui décompressent, relâchent un peu la pression, bavassent un peu sur le chef.
KEELY
Vous êtes mon chef.
BRIAN
À peine, et grâce au grade. Vous pouvez bavasser sur moi.
KEELY
Je le fais.
BRIAN
En face.
KEELY
Je le fais.
BRIAN
Et bien, on dirait qu’on va passer un bon moment.
KEELY
Non, non, je ne sors jamais avec des collègues. Ça rend les choses bizarres.
BRIAN
Keely, on a été transférés ici tous les deux. Aucun de nous ne connaît personne. Nous ne pouvons raconter à personne que nous surveillons un missile nucléaire planqué derrière chez eux. Vous ne vous sentez jamais seule ici ?
KEELY
Si, Brian. Je suis seule. Mais c’est juste une mission. Nous sommes ici pour quelques mois, puis on passera à autre chose.
BRIAN
Ok. Et nous regretterons de ne pas avoir pris le temps d’apprendre à mieux nous connaître. Pas maintenant bien sûr, mais, vous savez, un de ces jours vous repenserez à maintenant et vous vous direz ce Brian, il était attirant.
KEELY
Je ne me dirais jamais « attirant ».
BRIAN
Ok, mais ma façon de remplir ma combinaison sera à jamais gravée dans votre esprit.
KEELY
C’est vrai.
BRIAN
Alors, c’est parti pour un ‘genre’ de rencard.
KEELY
C’est quoi un ‘genre’ de rencard ?
BRIAN
Très décontracté et si quelque chose arrive, ça arrive. Sinon, c’est pas grave. On reste deux collègues sympas.
KEELY
Rien ne va arriver.
BRIAN
Ça pourrait.
KEELY
Ça n’arrivera pas.
BRIAN
On ne sait jamais.
KEELY
Je suis gay.
BRIAN
C’est pas grave pour moi.
KEELY
Ça rend le rendez-vous, en amoureux, un peu compliqué, vous ne pensez pas?
BRIAN
Pas forcément. Je ferai le gay pour vous.
KEELY
Ca ne marche pas comme ça.
BRIAN
Vous êtes en train de me dire brutalement qu’il n’y a absolument aucune façon, pour qu’en aucun cas, vous ne couchiez avec moi?
KEELY
Peut-être que si c’était la fin du monde.
BRIAN
Donc, Il ya donc de l’espoir!
KEELY
J’ai dit « peut-être. »
BRIAN
Et s’il y a une guerre nucléaire? Si on lance notre vieille ‘Bessie’ et que l’ensemble de la planète devient une sorte de terrain vague post-apocalyptique? Vous êtes en train de me dire que vous coucheriez pas avec moi pour continuer l’espèce humaine ?
KEELY
Je n’ai déjà pas envie d’avoir un enfant maintenant avec la façon dont les choses se passent sur cette planète, qu’est-ce qui vous fait penser qu’un holocauste nucléaire rendrait les choses plus attractives ?
BRIAN
Bon, Ok. Au moins, on sait où on en est. Mais vendredi, après le travail, je vais aller dans un restaurant bondé et manger du poulet frit et voir un film dans une grande salle avec plein de monde. Certains d’entre eux incroyablement grossiers et bruyants. Et j’aimerais bien ne pas être seul quand je ferais ça.
KEELY
C’est un rencard .
(Les lumières virent au rouge et une puissante sirène sonore se déclenche. Brian et Keely observent le panneau de contrôle sous le choc et se tournent ensuite l’un vers l’autre. Les lumières et le son diminuent progressivement).
Avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Merci à Brigitte pour la relecture
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